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CFAO dentaire: l'argent, est-ce la question ou est-ce la réponse?

· cfao,DENTAIRE,Prix de revient

L'argent, la question ou la réponse?

Dans le film Magnolia de Paul Thomas Anderson, le personnage joué par Tom Cruise dit dans une scène culte du film : « si vous cherchez la raison aux différents problèmes du monde, la réponse est toujours la même : l’argent ». Si cette citation est à l’unisson du cynisme du personnage de ce film, il y a un fond de vérité dans cette analyse désabusée du monde. C’est, en tout cas, certainement vrai pour ce qui concerne la CFAO dentaire. Que ce soit au cabinet ou au laboratoire, la conquête du prix de production le plus bas est la mère de toutes les batailles.

Une entreprise l’a bien compris, FormLabs. L’entreprise de Boston a présenté la semaine dernière une série de nouveautés. Celles-ci donnent une idée très claire de la stratégie du leader mondial (en volume) des imprimantes 3D. L’industrie de l’impression 3D a la nécessité d’élargir son marché. A ce jour, le seul réel besoin auquel les imprimantes 3D aient répondu est celui du prototypage rapide. FormLabs se fixe pour objectif de réduire le prix d’utilisation des imprimantes 3D pour faire, enfin, passer l’impression 3D du marché du prototypage à celui de la production personnalisée de masse. En réalité, aujourd’hui, seule l’industrie dentaire utilise l’impression 3D à des fins de production de masse. De fait, Ia société Invisalign® est la plus grosse utilisatrice de l’impression 3D au monde, toutes industries confondues. Notre industrie dentaire donne le ton dans une technologie qui préfigure ce que seront les usines de demain de tous les secteurs d’activité. Parce que nous serons plus rapidement et plus fortement impactés que d’autres par les évolutions de l’impression tridimensionnelle, il est important de nous nous intéressions aux dernières tendances de la fabrication CFAO personnalisée.

Je recommande de visionner le keynote que Max Lobovsky, co-fondateur et PDG de FormLabs, a présenté à l’occasion du Digital Factory Event. Avant la présentation des nouveaux produits, Max Lobovsky a exposé sa vision de l’impression 3D. Selon le jeune patron, « la loi de More (variation de la loi de More, NDLR) sur la réduction des prix de revient des pièces produites par imprimantes 3D va s’appliquer comme elle s’est appliquée sur le prix de revient des composants électroniques ». Ainsi, selon cette loi, lorsque le nombre total de pièces produites double, le coût de fabrication de ces mêmes pièces est divisé par deux. Cela fait près de 10 ans que les imprimantes 3D sont entrées dans les laboratoires de prothèse, Il faudrait donc 10 ans pour voir le prix de revient des pièces réduit de 50%. Compte tenu de la démocratisation de leur utilisation (grâce notamment au prix hyper-compétitif des imprimantes FormLabs), il faudra moins de temps que cela. En réalité, le prix d’acquisition des imprimantes s’est déjà effondré.

Lorsque, Directeur Marketing chez Henry Schein France en 2007, j’ai été amené à commercialiser les premières imprimantes 3D Systems, nous les vendions autour de 100.000€. La technologie utilisée était déjà le SLA (stéréolithographie), mais les seuls matériaux disponibles étaient des résines calcinables. Aujourd’hui, l’imprimante SLA Form2 de chez FormLabs est facturée moins de 4.000€, en offrant un choix de matériaux impensables il y a 10 ans.

Là où Max Lobovsky a une réflexion plus intéressante, voire disruptive, c’est dans son analyse du coût complet. Au-delà de l’amortissement de l’imprimante elle-même, c’est le coût d’usage de celle-ci qui est aujourd’hui l’enjeu important pour agir sur le prix des pièces produites. C’est ce sur quoi FormLabs a travaillé. La Form Cell (une cellule autonome pour des impressions 3D en série, avec la Form2) a été présentée. Il s’agit d’une sorte d’armoire ; elle permet de faire fonctionner de manière automatisée et autonome une série d’imprimantes Form2 et ses accessoires (les deux appareils de nettoyage autonome et de post-traitement). Selon FormLabs, c’est grâce à l’automatisation du processus de fabrication en série avec une imprimante 3D et donc sur la réduction de la main d’œuvre que les prochains gains sur le coût global seront essentiellement réalisés.

L’impact sur le prix de la fabrication de prothèses de main sur mesure par la société de M. Lyman Connor a été présenté. Il est particulièrement parlant. Grâce à la réduction du coût de la main d’œuvre et l’optimisation du temps d’utilisation des imprimantes, qui fonctionnent désormais sans discontinuer, le prix de fabrication de ces prothèses a baissé de plus de 40% !

Parce que nous sommes dans un environnement de prestation de soins à très haute valeur ajoutée, l’impact de la main d’œuvre dans l’industrie dentaire est très sensible. C’est pourquoi la démarche de FormLabs nous concerne tout particulièrement. En effet, il y a fort à parier qu’un ensemble d’imprimantes Form2 fonctionnant en série 24h/24 – 7j/7 produira des modèles, attelles de contention et, demain, des appareils complets résine à un coût inimaginable encore hier.

L’autre innovation présentée par FormLabs marque une nouvelle rupture technologique. L’imprimante Fuse1 est une imprimante adoptant la technologie du frittage laser sélectif (SLS) pour un prix de moins de 10.000€. Longtemps réservée aux industriels, la technologie SLS est tombée dans le domaine public en 2014. Une occasion en or pour l’arrivée de nouveaux entrants sur un marché où les premiers prix se situaient aux alentours des 200.000€. A noter, que FormLabs n’est pas la seule entreprise à profiter de la vulgarisation de cette technologie, la startup suisse Sintratec avait fait une telle annonce il y a quelques temps. On remarquera que FormLabs a, dès le départ, intégré la problématique du coût global d’utilisation dans la conception de la Fuse1. Grâce à une chambre de fabrication amovible, l’impression peut être envisagée en continu avec des temps d’arrêt réduits. Le coût des consommables est également optimisé puisqu’avec cette nouvelle imprimante, vous pouvez utiliser jusqu’à 50% de poudre recyclée. Il faut noter que les deux matériaux nylon proposés à ce jour n’ont pas d’utilisation dentaire identifiée par votre serviteur. Cette imprimante permettra-t-elle, à l’avenir, d’imprimer du métal ? La question reste sans réponse à ce jour.

Lorsqu’elle s’est démocratisée il y une dizaine d’année, la technologie de l’impression 3D est arrivée avec une promesse : la baisse des coûts de la main d’œuvre et son corollaire le rapatriement des usines des pays du sud-est asiatique vers les pays occidentaux. Cette promesse n’a pas encore été tenue.

Parce que l’absence de gain de productivité (donc l’argent) a été le problème, l’approche de FormLabs est certainement le chaînon manquant pour la réalisation de cette promesse. La dernière annonce de Max Lobovsky confirme ce sentiment. New Balance, la société de chaussures de sport, également installée à Boston, va proposer à ses clients du monde entier des chaussures équipées de semelles personnalisées produites aux Etats-Unis avec l’imprimante Form2. Ce sont donc désormais des produits très grand public, au prix de revient calculé au plus juste, qui utilisent de telles imprimantes.

Nul doute que pour les laboratoires de prothèses et les cabinets dentaires la prochaine tendance en CFAO ne sera plus axée sur les possibilités techniques des imprimantes ou des usineuses mais bien sur les gains de productivité qu’elles apporteront. Restera aux professionnels du secteur à adapter leurs organisations pour optimiser les coûts de personnel liés à l’utilisation de cette technologie. C’est une toute autre question….

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